Affreux prof gauchiste : réalité sans doute (quoique je ne désespère pas tant que ça de mon visage), et provocation puérile indubitablement - mais on ne fréquente pas des collégiens impunément.
Mais, cela dit, rassurez-vous, mon pouvoir de nuisance sur ces très influençables petits est bien limité. Après tout, si les professeurs avaient transformé la France en un repère de staliniens, le paysage politique ne serait probablement le même.
Et puis, on s'aperçoit très vite dans ce métier, que je ne pratique certes que depuis un an et demi- mais autant dire une éternité - que les quelques heures par semaine où ils ne nous écoutent qu'à peine sont loin de permettre l'accomplissement de nos fantasmes pygmaliens inavoués. Après, tout, même à Rex Harisson il aura fallu plus pour qu'il devienne la créature d'Audrey Hepburn...
Et si l'impuissance - elle est à relativiser, mais j'en reparlerai peut-être - est une sensation rien moins que valorisante, c'est aussi rassurant pour beaucoup de nos élèves. Car elle reste, me semble-t-il le signe d'une agaçante liberté - certes aussi de contraintes face auxquelles nous, professeurs pesons peu - face aux pédagogues dont on ne peut que se réjouir, même quand nous sommes le pédagogue malmené et oublié.
Mais surtout, je ne saurais leur insuffler mes opinions, car je suis un heureux disciple d'Euclide, et j'enseigne les mathématiques, ou du moins, j'essaie. Et si l'enseignement des mathématiques est loin d'être à l'abri des querelles philosophiques ou politiques, Marx reste relativement difficile à évoquer lors d'un cours de 4e sur le théorème de Thalès.
J'espère sur mon métier d'enseignant et sur le monde merveilleux de l’Éducation Nationale, parler un peu de ma matière, mais aussi évoquer les nombreuses lectures que mon temps libre me permet. Un peu de philosophie, et une bonne quantité de romans. Et lorsqu'il ne s'agit pas de politique, je peux m'avérer quelque peu réactionnaire...
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